8 septembre 2021
Tous les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) mettent en exergue l’impact dévastateur de l’activité humaine sur la biodiversité et les prévisions de perte de biodiversité au fil du temps. Cependant, la perte de biodiversité n’est pas imputable au seul changement climatique. Le changement dans l’utilisation des terres (p.ex. déforestation, monoculture intensive, urbanisation), exploitation massive (p.ex. surexploitation des ressources, surpêche) ou encore l’importation d’espèces invasives s’ajoutent aux facteurs de risque.
Sur tous ces sujets, les villes et régions portuaires, point de contact entre écosystèmes marins et terrestres, peuvent agir afin de contrer la « sixième extinction de masse ». L’équilibre de ces écosystèmes, dont les espèces dépendent l’une de l’autre pour leur survie, est fragile. La disparition d’une espèce peut entraîner la destruction d’un écosystème entier et menacer directement les activités humaines. La protection de la biodiversité n’est pas pour l’AIVP un objectif de second rang. Elle est, au contraire, au cœur de nos préoccupations pour ce millénaire.




Pour restaurer et protéger la biodiversité terrestre ou aquatique dans les villes et régions portuaires, l’AIVP identifie cinq priorités d’action :
La qualité de l’eau est la condition première de la vie aquatique dans les zones portuaires. Hydrocarbures, métaux lourds, eaux usées, sédiments contaminés par des décennies d’activité industrielle : les bassins portuaires cumulent souvent des pollutions multiples qui ont éliminé la quasi-totalité de la vie marine. Des actions de dépollution ambitieuses, combinées à la mise en place de systèmes de traitement des eaux de ruissellement et des eaux de cale, peuvent transformer ces déserts biologiques en espaces de vie marine reconquise. La pose de récifs artificiels et l’installation de collecteurs de coquillages sont des techniques complémentaires efficaces.
Exemple — Duwamish River People’s Park (Seattle, États-Unis)
Extraction de 60 000 tonnes de sols et sédiments contaminés et apport de 20 000 tonnes de matériaux propres. Dès la première année de monitoring, plus de 2 500 saumons juvéniles ont été recensés sur le site restauré — une preuve tangible que la nature peut rapidement reprendre ses droits lorsqu’on lui en crée les conditions.
Le principe « on ne protège bien que ce qu’on connaît bien » s’applique particulièrement à la biodiversité des zones portuaires, souvent méconnue et sous-documentée. Des inventaires réguliers des espèces présentes — poissons, oiseaux, invertébrés, plantes — permettent de détecter les évolutions de l’écosystème, d’identifier les espèces invasives dès leur apparition et d’évaluer l’efficacité des mesures de protection mises en place. La publication de ces données dans des formats accessibles au grand public renforce la transparence et mobilise les citoyens autour de la biodiversité de leur port.
Exemple — Duwamish River People’s Park (Seattle, États-Unis)
Un programme de monitoring sur 10 ans mesure la restauration des populations de poissons et de la faune, la stabilité du site et la santé écologique globale. Les données sont partagées publiquement et alimentent les objectifs de récupération du saumon chinook et de l’orque résidente — deux espèces emblématiques de la région Pacifique Nord-Ouest.
L’expansion des zones portuaires a historiquement conduit à la destruction massive d’habitats naturels sensibles : comblement de zones humides, imperméabilisation de zones intertidales, artificialisation de berges naturelles. L’AIVP appelle à l’application systématique d’une démarche « éviter, réduire, compenser » (ERC) dans tous les projets d’aménagement portuaire, avec une priorité absolue donnée à l’évitement. Le batillage — les vagues créées par le passage des navires — est également une cause de dégradation des berges naturelles que les règlements de navigation doivent prendre en compte.
Exemple — Bioenhancing Ecological Concrete Breakwater (Malaga, Espagne)
Première digue verticale au monde utilisant la technologie ECOncrete bio-améliorante : les surfaces texturées du béton favorisent l’installation d’algues, de moules, d’oursins et d’éponges, créant progressivement un habitat artificiel riche et diversifié dans le nouveau port de mégayachts. Une innovation qui transforme une infrastructure portuaire en écosystème marin.
Les associations de protection de la nature, les groupes de birdwatching, les clubs de plongée, les pécheurs, les riverains mobilisés : la société civile est une ressource précieuse pour la surveillance et la protection de la biodiversité portuaire. Ces acteurs bénévoles observent les milieux naturels avec une régularité et une finesse que les services officiels ne peuvent pas toujours atteindre. Les soutenir — financièrement, logistiquement, en leur ouvrant des accès aux zones portuaires — est un investissement peu coûteux et très efficace pour la protection de la biodiversité.
Exemple — Green Alat (Baku, Azerbaïdjan)
En partenariat avec le WWF, le Port de Bakou s’engage à protéger plus de 40 espèces d’oiseaux sur l’île de Gill, en favorisant la nidification et la création d’habitats écologiques. Le programme inclut également la modernisation de la station d’épuration des eaux usées et un programme de conservation de l’esturgeon de la mer Caspienne, espèce emblématique gravement menacée.
Au-delà de la protection des espèces et des habitats existants, les ports ont la capacité d’initier et de financer des programmes actifs de développement de la biodiversité sur leurs territoires. Création de récifs artificiels, réensemencement d’herbiers marins, programmes de réintroduction d’espèces disparues, plantation de haies bocagères sur les zones terrestres portuaires, jardins pollinisateurs sur les toitures des entrepôts : les opportunités sont nombreuses et souvent peu coûteuses. Les mécanismes de compensation écologique et les banques de biodiversité offrent des cadres financiers innovants pour pérenniser ces engagements.
Exemple — Duwamish River People’s Park (Seattle, États-Unis)
La banque de crédits d’habitat créée par le Port de Seattle permet à des tiers soumis à des obligations de compensation écologique d’investir dans la restauration du site. Ce modèle autofinancé transforme la restauration écologique en activité économiquement viable et démontre une voie innovante pour pérenniser les engagements de biodiversité dans les zones portuaires.

8 septembre 2021

28 juillet 2021

3 mars 2021
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