InterviewsPublié le 25 juin 2024

Interview de Sara Millot, réalisatrice du film Dockville

AIVP - question 1 : Pouvez-vous nous raconter comment est né le projet "Dockville" ? Qu'est-ce qui vous a inspiré à vous concentrer sur le port de commerce de Sète ? Je réalise des films documentaires depuis des années, aussi bien dans le champ télévisuel que dans celui de l’art contemporain à travers des résidences et des partenariats avec des institutions culturelles. Je m’intéresse en général à des mondes qui ne sont pas les miens avec le désir de les connaître, de les comprendre et d’en transmettre un récit incarné et fidèle. La réalisation d’un film requiert donc du temps et une forme d’immersion pour parvenir à restituer la complexité du réel. J’aime en particulier les histoires liées au monde du travail, à la culture populaire et aux questions de transmission. Je m’intéresse souvent à ce qui nous semble a priori proche, sur le plan géographique ou culturel, mais qui reste paradoxalement méconnu. J’ai vécu pendant plusieurs années à Marseille et j’ai toujours été attirée par le port autonome qui fait à la fois partie de la ville, de son identité mais qui en même temps en est un peu coupé car devenu inaccessible pour ses habitants (comme tous les ports aujourd’hui pour des raisons de sécurité). La vie m’a ensuite amenée à vivre sur d’autres territoires et lorsque j’ai emménagé il y a deux ans à Montpellier je me suis retrouvée de nouveau un jour face à la silhouette des grues qui se découpait sur le paysage. J’étais devant le port de commerce de Sète et je percevais les signes d’une activité et d’une diversité de trafics. Ma curiosité et mon désir d’aller à la rencontre de ce monde portuaire ont aussitôt ressurgi. La configuration du port de Sète est particulièrement intéressante : il est lié fondamentalement à l’histoire de la ville et peuple son imaginaire mais le lien n’est plus aussi fusionnel que dans les années 60. Une certaine distance et une méconnaissance de la vie portuaire sont désormais partagées par beaucoup d’habitants qui pensent même parfois, à tort, que l’activité est déclinante. L’échelle aussi de ce port est intéressante : un « grand petit port » comme l’appellent les grutiers, c’est à dire un territoire étendu (plus de 200 hectares) et diversifié, que l’on ne parcourt pas à pieds, mais où tout le monde se connaît et se côtoie. AIVP - question 2 : Dockville s'intéresse à une variété de situations portuaires et de métiers. Pouvez-vous nous parler de quelques-unes des histoires ou des personnes qui vous ont particulièrement marquée ? Après un repérage de plusieurs mois sur le port sans caméra, afin de saisir la singularité de cet écosystème avant de commencer à le filmer, je me suis aperçue qu’il s’agissait avant tout d’une histoire collective et non pas d’une succession d’individus travaillant au sein d’un même espace. Bien qu’elle soit plurielle et hétérogène, cette communauté portuaire m’est progressivement apparue évidente. Plus que des histoires et des expériences isolées, ce qui m’a marquée c’est surtout un sentiment d’appartenance manifeste qui se traduit à la fois par un rythme de vie, une transmission de gestes et d’histoires, par une certaine fraternité et une fierté aussi évidemment dans le fait de travailler sur cet espace singulier, entre terre et mer. Je retiens aussi la manière dont ces différents métiers s’imbriquent et concourent à faire vivre le port sans interruption, jour et nuit. Un huis-clos ouvert sur le monde, qui est évidement fascinant à observer et à filmer. . AIVP - question 3 : La culture portuaire semble être au cœur de "Dockville". Comment décririez-vous cette culture, et pourquoi pensez-vous qu'il est important de la partager avec un public plus large ? C’est sans doute ce maillage complexe de faits et…

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